Improviser sur Them There Eyes — principes essentiels du langage jazz manouche
Them There Eyes est un standard incontournable du jazz manouche.
On le retrouve dans pratiquement toutes les jam sessions, et pour une bonne raison : sa grille offre un terrain idéal pour travailler le discours mélodique, la tension / résolution et la cohérence du phrasé.
Dans cette étude, j’ai écrit un solo complet afin d’illustrer plusieurs principes fondamentaux du langage jazz, que tout guitariste sérieux devrait intégrer tôt ou tard.
L’objectif n’est pas d’accumuler des idées, mais de structurer un discours musical clair.
La tablature du solo est disponible en bas de l’article.
Construire un discours : la question–réponse
L’un des moyens les plus efficaces pour rendre une improvisation intelligible est d’organiser le jeu sous forme de questions et réponses.
Il ne s’agit pas d’un concept théorique abstrait, mais d’un principe musical universel, directement issu du langage parlé.
Une phrase appelle une réponse. Une idée en entraîne une autre.
Concrètement, cela peut prendre plusieurs formes :
-
répétition d’un motif rythmique à un autre endroit du manche
-
variation mélodique d’une cellule initiale
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réponse plus courte ou plus dense à une phrase plus longue
L’important n’est pas la méthode, mais la cohérence perçue par l’oreille.
Exemples dans le solo
Dans la partition, tu trouveras notamment :
-
mesures 4–5 (question) / mesures 8–9 (réponse)
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mesures 38–39 (question) / mesures 40–41 (réponse)
Peu importe que tu ressentes ces phrases comme affirmatives, interrogatives ou suspensives.
Ce qui compte, c’est la sensation de dialogue musical.
Exercice recommandé
Travaille ce principe hors contexte de performance.
Joue une phrase simple sur un accord, mémorise-la mentalement, puis laisse venir une réponse sans précipitation.
Cet exercice est particulièrement efficace lorsqu’on écrit un solo, car il permet d’accéder à une musicalité plus profonde, moins automatique.
C’est un travail situé à la frontière entre improvisation et composition — exactement là où se construit un vrai langage.
Utiliser le mode mineur mélodique sur les II–V–I
Le II–V–I est la progression centrale du jazz.
Elle est omniprésente, et toute maîtrise du langage passe par une compréhension fine de son fonctionnement.
Le point clé se situe sur le degré V.
C’est sur cet accord que l’on peut créer de la tension sans compromettre l’équilibre global du discours.
Pour cela, on utilise le mode altéré, issu de la gamme mineure mélodique située un demi-ton au-dessus de l’accord.
Exemples dans le solo
-
Mesures 22 à 25 :
II–V–I en Sol majeur
Sur D7 (V), j’utilise Eb mineur mélodique, sous forme d’arpège enrichi d’une neuvième. -
Mesures 48 à 51 :
II–V–I en Ré majeur
Sur A7 (V), j’emploie Bb mineur mélodique, cette fois sous forme de gamme ascendante.
Ces solutions sont volontairement simples.
La richesse ne vient pas de la complexité, mais de la justesse du placement et de la résolution.
Traiter le « Christophe » (Turnaround)
Le « Christophe » — plus connu sous le nom de turnaround — est l’autre grande progression du jazz.
Dans cette version, on trouve la forme :
-
IV → IV° → I
C’est une zone de transition idéale pour pour créer des mouvement de tension et résolution dans vos mélodies.
Je détaille ce passage directement dans la vidéo (à partir de 04:18), où le mouvement harmonique est clairement audible.
Conclusion
Cette étude n’a pas vocation à être jouée vite, ni à impressionner.
Elle est conçue pour être comprise, intégrée, puis assimilée dans ton propre langage.
Si certains concepts te paraissent obscurs, c’est parfaitement normal.
Ils demandent du temps, de l’écoute et de la répétition.
La musique sérieuse ne se consomme pas : elle se travaille.
Télécharger la partition


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